Jean VALLETTE d’OSIA (1898 – 2000)


Archives Famille Valette dOsia 1924Jean Vallette d'Osia est né à Rennes en 1898.Archives Famille Valette dOsia à 20 ans

Lors de la première Guerre Mondiale il s’engage en 1916.

Il sera cité au Chemin des Dames.

Sous-Lieutenant en 1918, chefs de patrouilleurs d’élites, il capturera un aspirant allemand qui révèlera la grande attaque du lendemain. Blessé en Champagne il terminera la guerre avec 5 citations, dont la Légion d’Honneur, à 18 ans. Il réintègrera St Cyr et servira à la légion étrangère en Afrique du Nord.

En 1924, il demande à servir dans les chasseurs alpins. Le 25 décembre 1924 et sera affecté au 6ème BCA de Grenoble.

Il innovera ainsi la technique de ski en vigueur (alors le télémark).

Essais de carres de ski, traction d’escouades à ski par automobiles, et imaginera différents farts selon la qualité de la neige.

En 1929, il réalisera un exploit, en menant un raid avec quelques hommes, qui lui vaudra une citation, fait rarissime en temps de paix :

« Malgré les difficultés opposées par un hiver particulièrement rigoureux, a parcouru plus de 450 km en 8 étapes (dont 4 de 70 km) de Grenoble à Briançon par Chamonix en passant par 6 cols dont 8 situés entre 1600 et 2000 mètres affirmant ainsi des qualités d’audace et de prudence jointes à une connaissance approfondie de la montagne. »

Il raisonnera souvent sans s’encombrer de doctrines ou de règlements, frappé par le conformisme ambiant et gardera en horreur les ordres trop volumineux, qui ne laissent pas de marges de manœuvre aux exécutants.

 1939-1940

Il sera affecté successivement à la 64ème DI puis à la 8ème armée.

Chef de bataillon le 25 décembre. Il participera aux combats de la Somme, puis sera fait prisonnier à St Valéry en Caux. Il s’évadera, sera repris et s’évadera encore une seconde fois pour rejoindre la « zone libre ». En 1940, sera désigné pour encadrer les troupes de Haute-Savoie.

Août 1940 : Il prend le commandement du 27ème BCA à Annecy et recevra de l’EMA, la mission -secrète- de pouvoir le quadrupler, c’est-à-dire de transformer son BCA en une demi-brigade à quatre bataillons.

Suite à l’Armistice, Vallette d’Osia quittera à regret le 2ème BCA début 1942 pour devenir chef d’Etat Major de la Haute-Savoie. Il préparera ainsi la mobilisation clandestine, ainsi que la résistance et refusera d’indiquer les dépôts d’armes clandestins.

Promu lieutenant-colonel le jour de Noël 1942, il passera dans la clandestinité.

Il organisera des passages de frontières, militarisera et entraînera, grâce à l’aide financière des Américains, les milliers de jeunes qui voulaient échapper au STO.

Arrêté par la Gestapo, le 13 septembre 1943, torturé, il réussira à sauter d’un train toujours menotté (voir paragraphe « Son évasion »).

Il sera exfiltré vers Londres, puis vers Alger où il sera chargé de préparer le débarquement sur les côtes sud de la France.

Colonel au 1er septembre 1944, il persuadera de Lattre de Tassigny de reconstituer la 27ème DIA avec les unités FFI régionales. Ainsi il deviendra le commandant de l’infanterie divisionnaire sous les ordres de Molle. Toujours aussi tacticien, il mettra l’accent sur le déplacement et le combat à ski, ainsi que sur le tir avec les mortiers. Trop négligés jusque-là par les fantassins.

Début septembre 1944, au lendemain de la libération de Lyon et de la plus grande partie de notre région, le colonel Jean Vallette d’Osia, (futur Général de corps d’armée) héros de la Guerre 14-18, haut cadre de la Résistance, initia la création d’une Division Alpine destinée à accueillir et encadrer les quelques 40.000 combattants FFI qui avaient été engagés dans les combats.

Cette Division Alpine dotée de faibles moyens de fortune qu’il convenait de constituer de toutes pièces, exigeait un état-major et devait faire choix d’un lieu pour implanter son quartier général. Le colonel Vallette d’Osia opta pour Challes-les-Eaux à raison de deux considérations qu’il exposera dans ses mémoires :

« Challes avait deux grands mérites. Le premier était de se trouver sur le trajet de câbles de lignes souterraines à longue distance ; or, pour nous, dépourvus de moyens radios, le bon fonctionnement du téléphone était primordial. Le second avantage était de posséder un établissement thermal vide et assez grand pour accueillir et pour abriter sous le même toit tous nos services »
Archives Famille Valette dOsia 1

C’est ainsi que de septembre à décembre 1944, le casino de Challes les Eaux devint le siège de l’état-major de la Division Alpine, d’où fut planifiée la reconquête des cols alpins encore aux mains de l’ennemi. Lors de son déplacement en Savoie, le 5 novembre 1944, le Général de Gaulle tint au Casino de Challes une importante réunion de travail.Il devient commandeur de la Légion d’Honneur en septembre 1945.

Avril 1946, Vallette d’Osia est placé à la tête de la subdivision de Grenoble (Isère, Drôme, et Hautes Alpes) où il va rester plus de 6 ans.

Le 1er septembre 1950, il sera promu général.

Général de Division le 1er septembre 1954.

Il quitte le commandement de la 27ème DIA en août 1955, pour prendre celui du secteur de défense des Alpes contre un ennemi venant de l’Est et qui ne serait pas italien !

Le Général Descour dira de lui : « Magnifique soldat, meneur d’homme, beau caractère, personnalité accusée, d’une indépendance farouche, travailleur acharné, sa compétence particulière en matière de guérilla et de combat en montagne devrait trouver un terrain d’élection en Algérie. »

Le 1er juillet 1958, le général de division Vallette d’Osia reçoit rang et appellation de général de corps d’armée. Le 16 août, il est atteint par la limite d’âge.

Il est élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d’Honneur.

CONCLUSION

Le général Vallette d’Osia recommandait de systématiquement raisonner face à un problème, c’est-à-dire de ne pas lui appliquer une solution toute faite.

Il avait aussi le souci de disposer de matériel dernier cri, qui selon lui pouvait faire la différence couplée avec la valeur des hommes. Il recherchait l’innovation technique.

Vallette d’Osia était l’homme du mouvement, du rythme et de la vitesse.

Enfin, il était convaincu que de petites équipes autonomes et surentraînées, pouvaient réussir des missions spécifiques, notamment de destruction et de renseignements, pour le plus grand profit du commandement.

SON ÉVASION

En gare de Lyon il prend le train de nuit pour Dijon dans un compartiment réservé à la Wehrmacht. Il fait semblant de dormir, menotté et sans lacets de chaussures. Ses gardes s’endorment, aussitôt il ouvre avec difficulté la fenêtre et saute les pieds en avant, le visage tourné vers le haut. Il heurte violemment avec la tête et l’épaule le ballast. Le train s’arrête 400 m plus loin. VALLETTE d’OSIA se redresse traverse les voies et court en sens inverse du train. Il arrive dans un village (Chambertin) chez des paysans qui liment la chaîne reliant ses menottes. Le paysan lui donne une veste noire et une casquette pour dissimuler sa blessure, son fils accompagne l’officier pour éviter deux villages et lui donne un peu d’argent. Au petit jour il demande l’hospitalité à un couple de retraités qui scient les bracelets des menottes et qui voyant son état pitoyable va le retenir 2 jours pour le soigner. En novembre 1943 VALLETTE d’OSIA doit se rendre à Alger, pour faire le point sur les maquis. Une tentative par le sous marin « Casabianca » échoue. Il réussira par avion à rejoindre l’Angleterre puis Casablanca et enfin Alger. Il participe aux travaux d’état-major pour la préparation du débarquement en Provence, puis à la fin août 1944 il rejoint les maquis de Haute Savoie.

 

CHALLES LES EAUX 

Jean-Vallette d’Osia, alors lieutenant-colonel, propose en septembre 1944, au général de Lattre de Tassigny de recréer une grande division d’infanterie de montagne à partir d’unités FFI régionales, composés souvent d’anciens chasseurs alpins, afin de repousser définitivement l’ennemi hors de nos frontières alpines.

La reconstitution de cette unité qui sera forte de plus de 20.000 hommes, sera engagée à Challes les Eaux où Vallette d’Osia avait implanté son quartier général, dans les locaux de son établissement thermal temporairement désaffecté, avant de rejoindre Grenoble quelques semaines plus tard.

Après 42 ans de vie militaire, le général Vallette d’Osia va vivre 42 ans de retraite à Annecy-le-Vieux ; il y écrit ses mémoires. Ce grand soldat dont la devise était : "honneur passe honneurs" est décédé centenaire en 2000. Son nom a été donné au PC de l’actuelle 27° Brigade d’Infanterie de Montagne à Varces.

Poème de Jean-François Vallette d'Osia inspiré par cette journée d'hommage à son grand-père.

 
A mes frères et sœurs, cousines et cousins

 

Son grand-père, puis son père le furent,

Général, il le fut.

En 1916, il put la faire,

Ce qu’ils nommèrent la Grande Guerre.

A 18 ans, il eut la Légion d’Honneur,

De faits d’armes, dans l’horreur.

En 40, il refusa de collaborer,

Et entra en clandestinité.

Soldat-résistant, il créa les Glières,

Dénoncé, il connut le calvaire…

D’un train, la nuit s’évada,

Par une fenêtre, il sauta.

De Gaulle, Giscard et Mitterrand le saluèrent,

C’était notre grand-père.

Sources :Jean-Olivier Viout et Archives familiales du général Jean Vallette d’Osia 2019. Philippe Lacarrière « A travers les barreaux, Récits d’évasion de Résistants » paru aux « Éditions LBM Little Big Man » en 2005

  • Dernière modification : jeudi 18 juillet 2019.

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